Des nombres - Louis-Claude de Saint-Martin

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Parution : 01/01/1998
Editeur : Traditionnelles
ISBN : 2-7138-0163-X
EAN13 : 9782713801631
Format : 14 cm x 22 cm
Nb pages : 115
Présenter un livre comme celui-ci, témoignerait d'une hardiesse un peu risible, si je ne prévenais de suite le lecteur bénévole que je n'ai pas Ia prétention d'expliquer les précieuses notes que nous devons au soin pieux de l'un des disciples posthumes du Philosophe Inconnu, M. L. Schauer.
La Connaissance intégrale n'est pas autre chose qu'une incarnation dans notre corps mental de l'essence des phénomènes biologiques, sa première phase est la conception, sa seconde la compréhension. Nous pouvons concevoir tout phénomène qui trouve en nous une cellule nerveuse capable de le percevoir, nous ne pouvons comprendre que ceux de ces phénomènes dont les lois sont perceptibles à notre mentalité. Il s'ensuit que, dans notre état actuel de développement nous ne pouvons connaître qu'une partie infinitésimale de l'Univers, et encore notre science n'est-elle qu'une moyenne proportionnelle entre la capacité receptive du cerveau enregistreur, l'apparence actuelle du phénomène perçu et l'état du milieu de mission, fluidique ou mental.
Il y a donc une infinité d'objets qui, par leur nature, leur sublimité, ou leur complexité, nous demeurent inconnus, ceux dont le rayonnement ne nous parvient pas, dont le lieu métaphysique est trop lointain, dont la forme est trop développée.
Entre tous ces objets mystérieux, la science théosophique des nombres tient le premier rang. C'est en vain que Moïse, Fo-Hi, les Chaldéens, Pythagore, les Kabbalistes, Trithème, Agrippa, Kircher, Bungius, Welling, et tant d'autres se sont enfoncés dans des méditations sublimes , s'ils ont atteint l'objet de leurs recherches abstraites, ils n'ont pas pu ou pas voulu nous en communiquer, le résultat.
Parmi les modernes, Ragon, l'abbé Lacuria, le baron Hellenbach, et quelques autres, n'ont fait que reproduire les données générales des anciens mystères. J.-B. Dessoye (1863) a fait des études originales sur une numération duodenaire. L'Abbé Marchand (1877) expose une théorie arithmétique fort suggestive, mais les deux auteurs qui semblent avoir, le mieux senti la marche mystérieuse de l'arithmosophie sont le conseiller d'Eckartshausen et Louis-Claude de Saint-Martin, qui, quoique vivant à la même époque, ne semblent s'être connus que de nom.
Je ne prétends pas ici expliquer les systèmes de deux mystiques, mais simplement définir, par négations, l'arithmologie qualitative et en faire apercevoir tout l'inconnu.
Prenez une créature quelconque: plante, animal ou astre. Les sciences physiques, chimiques et naturelles en analysent la forme physique, leur homologie dégage les rapports et les différences de cette créature avec les autres de même race, de même espèce ou de même règne , l'art peut s'essayer à rendre la couleur, la forme et le mouvement esthétique de cette créature , le philosophe enfin découvre dans toutes ces observations une série de lois générales, qu'il dégage, et qui, caractérisant l'essence de cette créature, la situent dans les cadres d'une synthèse générale intellectuelle.
Mais cet énorme amas de connaissances est un édifice où il n'y a pas d'habitants : les murs, les fenêtres, les portes, les sculptures, les boiseries sont là : personne pour animer le palais endormi, en d'autres termes, la connaissance sensible et mentale construit ses formations en allant de bas en haut, du dehors au dedans, du matériel à l'immatériel : ni le scalpel, ni le microscope, ni les réactifs, ni l'analyse, ni la méditation, ni la mémoire ne peuvent forcer l'objet d'étude à nous montrer sans voiles sa forme essentielle, son type, son âme, en un mot il faudrait pour cela, que le moi connaissant puisse s'introduire dans ce lieu central de la Nature où la Vie cosmique, le Verbe, travaillent à découvert.
Ce plan, pivot du Monde, est le terme de jonction du Relatif à l'Absolu , là, les créatures s'aperçoivent telles que Dieu les produisit à l'aurore du temps et au point initial de l'Espace. Là se meut pour chacun des êtres l'étincelle primitive par quoi il permane de naissances en morts, de planètes en soleils, de soleils à nébuleuses, de formes physiques à formes fluidiques, de formes manifestes à essences occultes, de matières à esprits.
Ainsi, chaque individu physique se rattache dans ce lieu central à tous les individus de même racine spirituelle, comme les feuilles qui font dans l'air tout un petit cosmos, se rattachent, par des réductions successives de tiges à brindilles, de brindilles à rameaux, de rameaux à branches, de branches au tronc principal.
Ainsi, de même que toutes les données d'observation expérimentale et de méditation philosophique trouvent dans des sciences mathématiques un moyen d'expression exact, toutes les enquêtes possibles de la science, tant physique qu'intellectuelle aboutissent à l'idée de temps et à celle d'espace. Ces deux principes cosmogoniques que Pythagore représentait respectivement par le i et par le o, en se fractionnant produisent le nombre et la forme. L'action réciproque de ces deux derniers éléments, c'est le dynamisme ou le Verbe comme facteur des manifestations vitales. On peut donc écrire :
Etude des verbes, c'est-à-dire des paroles, c'est-à-dire des noms essentiels des créatures.
Etude de l'espace, c'est-à-dire des formes, ou géométrie qualitative.
Etude des temps, c'est-à-dire des nombres ontologiques: mathématique qualitative.
On peut, si l'on veut, assimiler ces trois sciences au Fils, à l'Esprit, et au Père.
Dans le savoir exotérique, les remarques ci-dessus trouvent leur application dans les sciences du langage, la géométrie dans toutes ses branches, et les mathématiques ordinaires ou supérieures.
Dans le savoir ésotérique enfin, ces remarques ont donné lieu respectivement encore à la science des hiérogrammes tant intellectuels que magiques.
A la science des schémas, des sceaux, des pentacles , etc.
Et à la science des nombres.
Mais l'exotérisme et l'ésotérisme ne sont, dans leur état de développement actuel ou de transmission présente, que les deux aspects, manifeste ou occulte d'un pôle essentiel qui est le savoir intégral.
L'exotérisme caractérise les phénomènes qu'il étudie par trois formules, qui sont la parole humaine, l'épure du technicien et l'équation de l'algébriste.
L'ésotérisme désigne les résultats de ses enquêtes par ses alphabets hiéroglyphiques, par ses pentacles, et par son arithmétique théosophique. Notons toutefois que l'adepte ne pénètre dans le secret des créatures que jusqu'à un certain point, de sorte que la formule verbale, le schéma ou le nombre magique n'expriment qu'un aspect un peu plus profond de la créature étudiée. Comme si le savant officiel, par exemple, découvrait le mystère de l'être sur la terre et comme si l'occultiste le découvrait jusqu'au soleil , mais si l'on veut continuer cette analogie qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre, sachez néanmoins que, par delà les zodiaques et plus haut que l'empyrée, au-dedans de toutes les substances physiques et de tous les océans fluidiques, se trouve cette région centrale dont nous avons parlé plus haut, dans les archives de laquelle toutes les créatures sans exception sont répertoriées par leur nom véritable, leur talisman spirituel et leur nombre éternel.
Mais ceux-là seuls peuvent feuilleter ce grand livre qui ont mérité le titre d'Amis de Dieu. Inutile d'ajouter qu'il n'y a pas d'homme sur la terre qui possède la science vraie des nombres.
Tout a un nombre, la nébuleuse, l'infusoire, le déluge, une visite, un brin d'herbe, une pensée, un sentiment, un objet.
Noms, formes et nombres ne sont pas des créations de l'intellect, ce sont comme toutes les choses dont nous avons conscience, d'ailleurs, des êtres objectifs, intelligents et libres. De même que la connaissance du nom réel d'un être rend cet être présent, fût-il à l'autre bout du monde, ainsi que la Magie d'Arbatel le fait pressentir et que la tradition évangélique l'affirme, de même la signature pentaculaire donne pouvoir sur la forme de l'individu, la connaissance de son nombre vrai confère sur lui un empire absolu. Toutefois aucune intelligence humaine actuelle n'est parvenue à ces notions.
Comme toutes les branches de la science, celle des nombres ne nous sera accessible que lorsqu'une circonvolution cérébrale sera prête à la recevoir. Le sens numéral qui est, en effet, situé où les phrénologues le localisent, peut se développer dans deux directions. La première qui est mnémonique, enregistrante, quantitative, est poursuivie par l'étude des mathématiques ordinaires, la seconde direction, la seule qui nous intéresse, se relie intimement à la force de l'attention, à la faculté d'être conscient de deux ou plusieurs objets intellectuels à la fois , elle se développe surtout par l'exercice du sens de l'ouïe qui permet au musicien la sensation analytique de chaque partie orchestrale et en même temps de l'ensemble. Elle est surtout possible pour les individus marqués d'une certaine ride entre les sourcils et dont la paupière supérieure se prolonge par-dessus l'inférieure, au delà de l'angle externe de l'oeil.
Si l'on pouvait s'abstraire sur un monodéisme des phénomènes acoustiques, il serait possible d'obtenir, par là, des intuitions quant au développement ontologique des séries numérales. Quoi qu'il en soit, si on étudie les précieuses notes qui suivent sans les raisonner, après avoir mis momentanément à part toutes les notions antérieures et tous les préjugés mentaux, se livrant plutôt à la contemplation qu'à la méditation, il est hors de doute qu'en quelques mois les théories numérales du Philosophie Inconnu deviendront compréhensibles.
Naturellement, il est opportun de réclamer pour ce but l'aide de Celui au service duquel notre auteur consacre tous ses efforts et qui est notre Maître à tous.